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PETITE HISTOIRE DU POJAGI (2EME PARTIE)

Reproduction d’un pojagi ancien de mariage (brodé)

Voici la suite de l’Histoire du Pojagi, racontée par Maryse Allard.

 

Les différents pojagi

 

À chacun de ces usages, matières, structures, dimensions, décorations correspond un terme très précis. C’est la nature de celui qui l’utilise, avant son usage, qui fait la différence.

Les kungbo sont utilisés par la cour et la noblesse, les minbo sont utilisés par le peuple. Pour des circonstances exceptionnelles, par exemple le mariage, le peuple a le droit d’utiliser des kungbo.

Les kungbo sont réalisés en matière noble, la soie essentiellement, quelquefois du lin et du coton. Les minbo ne sont jamais en soie, plutôt en coton, en lin ou en ramie.

Les kungbo sont de couleurs vives et brillantes: rouge, rose vif ou pâle, pourpre. Rarement en jaune, couleur de l’empereur.

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Les minbo sont réalisés dans des tons plus neutres et plus doux. Ils sont plus simples, plus solides et peuvent être constitués de chutes de lin (asa) tissé à la maison ou de morceaux récupérés sur des vêtements anciens et assemblées en chogakpo.

 

Les motifs de décoration changent également selon le groupe. Aux KUNGBO, les fleurs dites « les 4 seigneurs » : orchidée, fleur de prunier, bambou et chrysanthème. Aux MINBO, des motifs plus libres et souvent abstraits.

 

Les couleurs des motifs sont variées et utilisées selon leurs symboles comme pour les vêtements : bleu, rouge, jaune blanc et noir. Ces 5 couleurs traditionnelles sont intimement liées à la vie des coréens qui leur donnent une signification que l’on retrouve dans le tableau ci-dessous

CouleursElémentsDirectionsSaisonsTempsVertus
Bleu (Yin)Bois, terreEstPrintempsFroidConstance, Intégrité
Rouge (Yang)Feu, cielSudEtéChaudBonne fortune, dynamisme
Jaune (*)TerreCentre72 jours (**)HumideNoblesse, dignité
BlancMétalOuestAutomneSecPureté, modestie
NoirEauNordHiverFraisInfini, sagesse

 

 

(*) Réservée à l’empereur

(**) 18 jours sont soustraits à chaque saison et mis à la disposition du Roi de la Terre : cela donne 5 saisons de 72 jours

 

L’équilibre entre le bleu et le rouge : yin et yang – femme et homme – doit être respecté sous peine de maladie, de malheur ou même de désastre.

Sur les KUNGBO comme sur les MINBO, on retrouve les mêmes symboles : chauve souris pour la chance et le bonheur, les oiseaux et les papillons pour le bonheur, les fleurs pour la prospérité et le succès, les fruits pour la fertilité et le désir d’enfants mâles.  Des caractères chinois signifiant longévité et bonheur sont également rencontrés.

 

Quelques termes

Un terme précis est utilisé pour chaque usage ou décor :

  • HOTO : simple
  • KYOPPO : doublé
  • SOMPO : matelassé de coton
  • SUPO : brodé
  • TANGCH’AEBO : peint ou imprimé.

 

Les motifs sont quelquefois tissés et alors réservés à la cour.

 

De nombreux CHOGAKPO (patchwork) sont décorés de nœuds chauve-souris, symbole porte bonheur, cousus le long des coutures, au centre ou dans les coins. Ces nœuds servent alors pour fixer des rubans ou les deux épaisseurs du pojagi lorsqu’il est doublé.

Certains pojagi possèdent des rubans plus ou moins nombreux et  plus ou moins longs  selon la taille de l’objet à envelopper.

Il y a des pojagi pour tous les usages, en voici quelques-uns que j’ai trouvés intéressants :

 

Shikjibo : réalisés en papier huilé, ils sont utilisés pour couvrir la nourriture et sont faciles à nettoyer. On peut plier les angles pour les ajuster sur le plateau ou la table. Les

Sangbo : ils sont en coton, doublé de papier huilé pour l’été pour protéger des insectes, doublé et matelassé pour l’hiver afin de tenir au chaud. Il y a un petit ruban au centre pour les soulever facilement.

Majibo ou sasibo : utilisé dans les temples bouddhiques pour couvrir la nourriture offerte aux divinités ou protéger les écritures. Il est généralement blanc.

Kiujebo ou chegibo : réalisé en chanvre, brodé de dragon, carpe ou tigre blanc il est utilisé pour le rituel de prière espérant la pluie. Le chejibo, en  chanvre ou  coton, sert pour le culte des ancêtres.

Ibulpo : blancs ou noirs,  ils sont très grands,  réalisés en ramie ou en lin et servent pour la literie.

Norigaebo : pour les bijoux ou accessoires de toilette. Ce sont souvent des pojagi très raffinés, de petite taille. Ils sont en soie, doublés, rembourrés. Ils ont deux rubans, un court et un long, qui permettent de fermer l’enveloppe formée lorsque l’on plie les trois angles du pojagi.

Kirogibo : brodé, réalisé en soie bleue et rouge, il sert au marié à envelopper le canard, symbole d’amour éternel et de fidélité, qu’il offre à son épouse.

Mais aussi  pour les coffrets, pour les boites, pour les lettres, les documents officiels, les cercueils….  la liste est longue … et les usages variés.

 

Aujourd’hui

 

Dans les années 60, la tradition du pojagi avait un peu disparu, laissant place aux boîtes en carton et aux sacs en plastique. Ils n’étaient guère plus utilisés que pour des occasions importantes comme les mariages où la tradition perdurait.

 

Aujourd’hui, on  peut voir des gens porter des paquets de toutes tailles et de toutes formes enveloppés dans des pojagi. Ce sont maintenant des morceaux de tissu carrés en coton ou en synthétique. Dans une société qui souhaite prendre soin de son environnement et abandonner les sacs en plastique, le pojagi est une solution alternative très écologique ! Certains sont réalisés dans de très jolis tissus plus décoratifs. De plus, ces sacs en plastique ne sont proposés que dans quelques dimensions, alors que le pojagi peut s’adapter aux dimensions de l’objet à envelopper, ce qui offre une grande liberté. Il existe des livres sur les différentes façons de plier et d’utiliser le pojagi.

 

Le pojagi en tant qu’art est également très présent en Corée où il est toujours enseigné. Cette tradition est bien vivante grâce à de nombreux artistes telles que Chunghie Lee et Yansook Choi qui l’enseignent et la font connaître à travers le monde. De nombreuses expositions sont organisées régulièrement.

 

-o-O-o-

 

En coton, en lin, en ramie, en soie,  les pojagi contemporains sont pour moi une sorte d’hommage à ces femmes « calmes, sereines, disciplinées et discrètes » évoquées dans le Naehun. Je reste fascinée par la transparence, l’élégance et la modernité de cet art si ancien.

 Maryse Allard

 

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